_______Une de ces soirées où je me sens seul. Cette fois, pourtant, c'est différent. 25 décembre. Les papiers cadeaux traînent encore un peu partout, témoins d'une débauche de plaisir éphémère. Leurs couleurs vives contrastent avec la pénombre. Le sapin trône fièrement, ne se souciant pas de son destin tragique, il est là pour briller, alors il brille. La dinde attend son heure... Elle est si grosse que l'on mettra trois jours à la finir. C'est ça, on y est. C'est bien Noël. On ne pensait pas être dans le cliché type de la famille organisée, dans un esprit de Noël bien typique, mais je pense que l'on a tout de même atteint ce degré de normalité. Il nous trouble, mais il nous apaise... Ca ira pour cette fois.
_______Je ne me souviens pas d'avoir pu me sentir seul un soir de Noël. Encore moins à ce point. Pourquoi donc y'a t-il la présence en moi d'une amertume dont je ne connais même pas l'origine ?...Me voici, avachi sur ma chaise, observant le vide d'un mur blanc découpé par les ombres, au gré de la lumière et des meubles. Malheureusement, ces derniers sont immobiles. Pas même de quoi m'occuper a les observer se battre pour une place de choix sur mon écran fait de ciment.
_______Ca y est. Je sens arriver le moment. Tous mes sens m'abandonnent. Je suis comdamné. Comdamné a ne penser qu'à une seule chose. La seule entité qui reste sans relâche inscrite dans mes registres. Le seul processus qui m'entraîne en boucle dans un labyrinthe de passion désabusée. Surement le code que je comprends le plus, mais qui m'impressionne toujours, tout autant. Bien évidemment, je commence par me réjouir de son éternelle présence. Mais elle n'est là que pour me rapeller sa véritable absence. Je ne puis la sentir, je ne puis l'admirer... Je ne puis l'aimer ?...
_______Oui, c'est bien ça. Je ne divague pas. Un instant anxieux, je rends compte de ma réflexion à ma conscience. Elle existe encore. Je l'entends, elle respire doucement en moi. Alors je la ménage. Elle ne tarde cependant pas a me répondre. Non, je ne puis aimer cette personne. Avec confirmation, il ne m'est guère compliqué d'en expliquer les raisons. Jamais je ne pourrais supporter qu'elle ait à porter mon amour. Il serait beaucoup trop pesant. Je veux lui offrir quelque chose de léger. Quelque chose qu'elle et moi idéalisons, imaginons, mais n'osions pas réellement concevoir. Un sentiment dénué de toute forme de haine... Comme de toute forme d'amour.
_______Un sentiment brûlant. Brûlant de désir, brûlant de passion. Mis à feu et à sang par une sensation qui jamais ne nous consumera. Je ne saurais la nommer. Merde. Je lui veux un nom. Vite !... Vite... Non, cela ne sert à rien. Jamais je n'aurais le courage ni la prétention de lui léguer une apellation de mon imagination. Ce sentiment est après tout bien au delà de mes capacités d'estimation. Je laisse tomber. Je suis lâche. "Petit joueur", répetait-elle durant ces longues nuits d'été. Elle avait diablement raison. Non, pardon, je m'exprime mal. Elle n'avait pas tort. Elle n'a jamais tort. Ca aussi, elle le dit tout le temps. Je crois bien que c'est elle qui me lègue toute cette dose de prétention dont elle a fait preuve jusqu'ici. Jamais je ne veux qu'elle s'arrête. Peut-être bientôt, aurai-je grâce à elle assez de prétention pour nommer le fil qui nous lie, nous relie, qui nous tient, nous retient...Tendu entre nous...